Ectoplasme & Co., La Minute Culture
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Mister Babadook de Jennifer Kent

La version bien glauque du croquemitaine sur fond de psychose maternelle.

Étant une grosse consommatrice de films et de séries télé en tous genre (bon, okay, s’il y a des zombies dedans, c’est encore mieux), j’ouvre aujourd’hui une nouvelle rubrique : La Minute Culture où je vais essayer de raconter plein de trucs intelligents de manière sobre, construite et raisonnée. Même si vous n’êtes pas à l’abri de voir y débarquer un jour des ovnis comme Piranhaconda, Sharknado ou le film qui a vu George Clooney affronter des tomates tueuses.

Oui, je suis très bon public.

J’inaugure donc cette nouvelle section avec le film Mister Babadook. Ne pas se fier à son nom passablement ridicule parce qu’il est vachement bien et que ce serait dommage de le rater si l’on aime les films qui retravaillent le mythe du croquemitaine et les sempiternelles histoires de mères célibataires et dépressives.

Le pitch avec plein de spoilers dedans

On fait la rencontre d’une micro-famille, celle d’Amelia et de son fils âgé de 8 ans (l’âge où les enfants parlent beaucoup et tout le temps), Samuel. Il est un brin hyperactif sur les bords et sa mère est à deux doigts de la neurasthénie (enfin, on sait pas trop trop, mais on suppose quand même qu’il y a un truc qui va pas, quand on la voit parler d’une voix monotone, avec des yeux vides et globuleux). Du coup, la communication est pas terrible et l’ambiance à la maison est un peu pesante.

Amelia est pas des masses naturelle avec son propre fils, et devoir lui faire un câlin pour le mettre au lit lui demande de prendre sur elle pour surmonter une répulsion dont on ne comprend pas trop d’où elle sort. Oui, parce que, certes, Samuel est un peu pète-couilles, mais Samuel est aussi un peu chou dans le fond (j’ai dit « un peu »)(même quand il crie très fort toutes les dix secondes).

C’est bien ça le problème : Amelia lui reproche d’exister (inconsciemment quand même, c’est pas non plus un monstre)(du moins, pas encore) parce que ce brave petit voit sa date de naissance coïncider avec la mort de son père, explosé dans un accident de voiture sur le trajet qui les conduisait, lui et sa femme, à la maternité. AMBIANCE. Donc tous les ans revient le même dilemme : on fête l’anniversaire de Sam-sam, la mort de Papa ou les deux en même temps parce qu’on est des fifous ? Réponse : on fête rien du tout, on se regarde dans le blanc des yeux et on mange du porridge visiblement périmé depuis un certain temps.

ÇA, C’EST DU GROS BAD.

Mister Babadook - Amelia & Samuel, en tête-à-tête.

« Joyeux anniversaire mon chéri, lol »

Et comme il est toujours possible de creuser quand on croit qu’on a réussi à toucher le fond, apparaît un jour dans leur petit monde un livre : Mister Babadook. Niveau creepitude, l’ouvrage se pose là, faisant hurler terreur Sam-sam pendant plus d’une heure et amenant sa mère à un cheveu du nervous breakdown. Pour ne pas que pareille crise se reproduise, Amelia jette le livre. Qui réapparaît, comme par enchantement. Alors, elle arrache toutes les pages, l’asperge d’essence et elle le fait cramer. Et elle le retrouve intact, deux jours plus tard. Rien n’arrête le Babadook, même pas du sans-plomb 95.

You can’t get rid of the Babadook

Etant donné que je ne veux pas spoiler trop de choses, je ne m’attarderai pas sur la suite. Le film ne vous arrachera pas des cris stridents d’angoisse, mais il est quand même sacrément efficace pour vous faire naître deux-trois frissons le long de la colonne vertébrale. Au-delà de ça, on se doute bien que la réalisatrice a voulu caler une dimension un peu plus profonde à son film, sinon ce ne serait qu’une banale histoire de monstres sous le lit du p’tit dernier.

Dans son livre, le Babadook formule plusieurs menaces, outre celles de massacrer allègrement sa famille dès qu’il aura pris possession d’Amelia (#trolol) : « Plus tu nieras mon existence, plus je serai puissant« . Couplé au premier verset « If it’s in a word or it’s in a look, you can’t get rid of the Babadook« , on se doute bien vite que c’est une référence directe à Amelia et son incapacité à faire le deuil de son époux. Le danger vient toujours de l’intérieur, les copains. Tout réside dans l’acceptation, chose qui permettra à la petite famille de retrouver enfin joie, bonheur et harmonie. Enfin, pour tout le monde sauf Bugsy (ceci était un spoil, par contre)(désolée, j’ai pas pu m’en empêcher).

Personnages - Babadook

Bugsy, c’est le chien trop choupi. La vieille à droite, c’est la voisine et seule amie de Sam-Sam.

P.S. : On notera la tendance affreuse des bandes-annonces à mettre la plupart sinon l’intégralité des scènes cools dans une vidéo de moins de trois minutes histoire de péter toute l’ambiance du film.

P.S. 2 : Il faut absolument brûler cette VF, c’est trop affreux.

P.S. 3 : Je ne regarderai plus jamais le rayon des livres pour enfants de la FNAC de la même façon.

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6 commentaires

  1. Ha, je viens justement de regarder le film et un peu comme tout le monde, je suis en mode « WTF » . J’ai bien lu les explications par-ci par-là sur le net puis la tienne du coup mais….c’est probablement trop conceptuel pour mon appréciation hahahha. Je n’ai pas aimé en tout cas. Même si l’idée est pas mal.

    • Ahah, j’me sens un peu seule à l’aimer du coup…
      Concernant l’esthétisme visuel (je parle comme une critique de cinéma, wooh), il m’a beaucoup fait penser à « Mama ». Tu connais ? C’est bien moins compliqué à choper au niveau de l’histoire, ça fait un peu peur et l’acteur principal, c’est Jaime Lannister (avec plein de barbe).

  2. Si si , très claire . & c’est à peu près ce que j’avais compris après avoir lu quelques critiques également . Mais ça ne change rien à mon opinion : pour moi , c’est de la merde ! haha

    • J’ai hâte de savoir ce que tu penses de trucs comme « Sharknado », « Human Centipede », « Grave Encounters » ou le récent « Unfriended », alors 😀

  3. AH . Je t’avoue que j’ai pas le courage de tout lire en entier là tout de suite alors que je viens de me réveiller , mais j’ai lu l’intro & la conclusion , du coup je me permet quand même de commenter . Perso … j’ai rien pigé à ce foutu film & j’ai été méga déçue . Le début était pourtant prometteur , mais chai pas … Le Babadook du livre est plus flippant que celui qu’on voit dans le film ( enfin , pour le peu qu’on le voit … ) & puis WTF la fin quoi ?

    • Alors, moi aussi j’étais en mode WTF jusqu’à ce que je le regarde une deuxième fois et que je lise deux-trois critiques sur le net. Le Babadook, ce serait pas vraiment un monstre, mais plutôt l’incarnation du deuil impossible du père pour Amelia. Elle l’a jamais acceptée, elle l’a juste enfouie sous un de ses tapis hideux en espérant que la douleur passe un jour et qu’elle commence à avoir de l’affection pour Sam-Sam. Sauf que c’est jamais venu, hein, forcément.
      La phrase « U can’t get rid of the Babadook » symbolise ça dans les grandes lignes : tu te débarrasses pas de la douleur de la perte d’un proche (encore moins de celle de ton mari, je suppose), tu peux juste l’accepter et passer à autre chose. C’est pour ça qu’elle arrive à « enfermer » le monstre dans la cave, maintenant, elle sait qu’elle est obligée de « deal with it » comme dirait les Américains. Plus elle le niait, plus il avait d’emprise sur elle. Là, maintenant, elle le nourrit : pour moi, elle accepte ses souvenirs d’Oskar et de leur vie à deux en faisant ça (et d’où le fait qu’elle fête enfin l’anniversaire de son fils d’ailleurs).

      Je sais pas du tout si j’ai été claire, ahah 😀

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